06/11/2017

Secteur de l’artisanat : problématique de commercialisation.

« La Fédération nationale de l’artisanat, relevant de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA), a émis récemment certaines réserves concernant les dispositions du projet de loi de finances 2018 concernant le secteur, essentiellement la suppression du régime forfaitaire. Un régime sous lequel s’inscrivent des milliers d’artisans tunisiens… » ainsi Maha Ouelhezi a introduit son dossier consacré au secteur de l’artisanat, publié dans le journal La Presse de Tunisi, du  mercredi 25 octobre 2017. 

Elle a écrit : « Selon l’Office national de l’artisanat (ONA), le nombre estimé des artisans s’élève à 380 mille alors que plus de 158 mille seulement sont inscrits. Le secteur est également porteur en termes d’emploi, concourant à la création de 5000 postes par an en moyenne. Sa dimension régionale est très importante puisqu’il s’agit d’un secteur qui est présent de façon importante dans les régions intérieures et participe à leur développement à travers les petits artisans. Mais ce potentiel représente également son handicap puisque la commercialisation des produits artisanaux a toujours été une difficulté majeure pour les petits artisans».

« Pour Salah Amamou, président de la Fédération nationale de l’artisanat, le régime forfaitaire concerne moins de 10 mille artisans, dont la majorité opérait auparavant illégalement ‘‘ Nous avons fait un grand effort dans l’encouragement des petits artisans à s’inscrire dans le régime forfaitaire et à s’intégrer dans le circuit officiel. Mais avec cette disposition, il ya un risque qu’ils reviennent au circuit informel puisqu’ils n’auront plus les moyens de payer les impôts’’, estime-t-il ».

 « D’un autre côté, M. Amamou affirme que ‘‘ le secteur a toujours été lié au secteur touristique. Après 2011, il ya eu un recul de ce marché. Plusieurs ateliers ont fermé ou ont réduit leur main-d’œuvre’’ indique M. Amamou ».

« M. Amamou ajoute que la problématique de la commercialisation pèse grandement sur l’efficience du secteur puisqu’il manque une structure qui soit chargée de faciliter la prise en charge de cet aspect, surtout pour les petits artisans qui manquent souvent des moyens pour promouvoir leurs produits. Il indique que la SOCOPA était chargée auparavant de cette mission, mais avec sa fermeture en 2007, les petits artisans dans les zones intérieures ont eu de grandes difficultés de commercialisation…. ».

« ‘‘ Nous considérons que la chose la plus importante est la restructuration de l’Office national de l’artisanat. Nous pensons que la création d’une nouvelle structure prendra beaucoup de temps. Pour cela nous proposons de donner à l’office les prérogatives de cette nouvelle structure surtout qu’il ya une présence régionale forte à travers ses délégations. Celles-ci pourraient servir pour abriter un comptoir des matières premières, un comptoir pour la réception des produits finis haut de gamme et aussi pour encadrer les artisans par la mise en valeur de leurs produits et les jeunes entrepreneurs par le conseil et la formation’’ » estime-t-il. Concernant le marché à l’export, M. Amamou indique que ‘‘la nouvelle structure devrait aussi avoir des représentations dans les pays européens avec lesquels il ya des relations commerciales dans le secteur, à savoir l’Espagne, la France, l’Allemagne et l’Angleterre et aussi en Afrique’’ ».

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Maha Ouelhezi a interviewé Faouzi Ben Halima, directeur général de l’Office national de l’artisanat (ONA) qui a donné ces éclaircissements : 

Quels sont les mécanismes à développer pour améliorer le rendement du secteur ?   

«" Il s’agit en premier lieu de la reconstruction des institutions de tutelle qui sont l’Office national de l’artisanat, le Centre technique du textile du côté public et aussi la Fédération nationale de l’artisanat du côté privé. Au niveau de l’ONA, nous avons procédé à une nouvelle structuration des directions techniques et des directions logistiques et aussi des délégations régionales ».

« Nous avons préparé un projet de loi pour l’ONA et ses nouvelles missions. Ce projet appelle à donner plus d’importance à l’encadrement et l’accompagnement à tous les niveaux que ce soit la formation, le financement, le contrôle qualité, etc…" ».

« "Actuellement, il ya une réflexion pour la création d’une structure qui se chargera de garantir l’approvisionnement en matières premières des artisans et qui les accompagnera dans la commercialisation de leurs produits, dans le cadre du Partenariat Public-Privé (PPP)"p».p 

« " En deuxième lieu, il est important de réviser le système de la formation professionnelle. Il ya actuellement un manque flagrant de main-d’œuvre" ».

«" Une commission mixte composée de représentants de l’ONA, du ministère de la formation professionnelle et de l’Emploi, de la Présidence du gouvernement et de la profession a été mise en place. Il ya eu récemment un accord sur une conception commune qui sera présentée au ministère du Tourisme et de l’Artisanat et à celui de la Formation professionnelle et de l’Emploi pour adoption " ».

Qu’en est-il de l’accès au financement et de l’état de l’investissement dans le secteur ?

 «" Je peux vous dire qu’il existe un système complet pour le financement dans le secteur de l’artisanat. Auparavant, il ya avait un seul mécanisme qui consistait en le financement du fonds de roulement pour les artisans. Mais il a évolué pour concerner les entreprises aussi avec un financement qui atteindra 20 mille dinars contre un plafond de 10 mille dinars auparavant" ». 

 «" L’ONA est en train d’identifier des idées de projets innovants en se basant sur les spécificités de chaque région en Tunisie et en fonction des matières premières disponibles. Ces idées prendront la forme de fiches de projets qui seront présentés aux jeunes entrepreneurs dans le secteur. Ceux- là bénéficieront de l’assistance de l’ONA et aussi des autres structures d’accompagnement pour la réalisation de leurs business plan et sa soumission à la BTS ou la BFPME" ». 

La commercialisation représente une réelle problématique. Comment est-il possible de renforcer la mise en valeur du produit artisanal tunisien sur le marché local et à l’étranger ?

« "Tout d’abord, il existe des conditions pour atteindre ces objectifs qui sont l’amélioration de la qualité du produit, répondre aux besoins du marché, et l’augmentation de la capacité de production des entreprises et des artisans. Nous avons travaillé sur la diversification du produit et l’amélioration de la qualité….on a orienté les concours de la création pour des produits qui pourraient satisfaire le marché local…" ».

«"Nous avons plus de 500 entreprises exportatrices qui travaillent essentiellement avec l’Europe. Mais nous avons commencé à exploiter de nouveaux marchés essentiellement en Asie, comme les pays du Golfe, le Japon, l’Inde…" ».

« " Nous menons actuellement une expérience dans la création de clusters. Deux clusters ont été créés dans le cadre d’un projet de coopération euro-méditerranéen : le cluster Mahdia- El Jem spécialisé dans la mosaïque et le cluster de Nabeul spécialisé dans l’art de la table. Nous préparons actuellement la mise en place d’un hub à Nabeul pour le développement de la céramique. D’autres clusters sont en cours d’étude pour le bois d’olivier, la poterie traditionnelle et les fibres végétales" ».